Textes bibliques et Réflexions par André Ryser

28e dimanche du temps ordinaire - Année A - 15.10.2017

 

Une parabole pour notre temps…

 

« Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils… » Matthieu reprend cette parabole, que l’on trouve chez Luc, et en fait une catéchèse qu’il adapte pour soutenir et encourager la foi de ses communautés qui, dans les années 80, vivaient l’angoisse et l’insécurité au lendemain de la prise et de la destruction de Jérusalem par les armées romaines, survenues dix ans plus tôt.

 

Ainsi, partant du titre de la parabole, il laisse clairement entendre que ce roi, c’est Dieu. Par ailleurs, si la symbolique des noces n’est plus courante dans notre langage chrétien actuel, il n’en est pas de même pour les contemporains de l’évangéliste qui connaissaient les écritures. Les termes de Royaume, de noces, de repas, qui ont une résonnance biblique, se réfèrent à l’Alliance entre Dieu et l’humanité, une alliance qui s’accomplit en Jésus Christ et se prolonge, aussi bien pour ces nouveaux chrétiens que pour nous, dans l’Eucharistie.

 

« Comme le roi envoie ses serviteurs… » Pour Matthieu, il n’y a pas de doute, ces serviteurs ne peuvent être que les chrétiens de l’époque. Aussi, partant de cette invitation à participer au repas du Seigneur, Matthieu envoie ses disciples en mission auprès de leurs contemporains, juifs d’abord, qu’ils rejoignent dans leurs activités et préoccupations absorbantes quotidiennes – pas loin de ce que nous continuons de connaître !

 

« Il envoya encore d’autres serviteurs… » Matthieu reprend cette insistance soutenue et renouvelée du Roi pour conforter ses disciples dont la mission n’est pas de tout repos. Conscient des oppositions que peuvent rencontrer ces disciples-missionnaires, non seulement en son temps, mais à toutes les époques, comme le laissent entendre les médias de nos jours, il anticipe : « certains parmi vous seront maltraités, d’autre mis à mort ! »

 

« Le roi se mit en colère et fit périr les meurtriers… » Comment comprendre cette attitude négative si ce roi est Dieu et que Dieu ne peut que vouloir et faire le bien ? Il n’y a pas de doute, à travers cette réaction, que l’on ne trouve que chez Matthieu, l’apôtre s’adresse aux gens de son époque et cherche à les inviter à dépasser ce sentiment – toujours bien vivant et déjà esquissé la semaine dernière– qui consiste à penser que Dieu a permis la destruction de Jérusalem pour punir Israël de n’avoir pas accepté le message que Jésus lui apportait.

 

« La vengeance de Dieu », si l’on ose cette expression, a été une ouverture. Il est demandé aux serviteurs que nous sommes d’aller à la croisée des chemins, aux périphéries, et « d’inviter les mauvais comme les bons ». Le tri, c’est l’affaire de Dieu !

 

 

27e dimanche du temps ordinaire  -  Année A  - 08.10.2017

 

Invités par Isaïe à la conversion, tournons-nous vers le Dieu d’Israël !

 

« Je chanterai, pour mon ami, la vigne du Seigneur de l’univers…»

 

La vigne, en Palestine, est une chose précieuse. Posséder une vigne est un symbole de bonheur et de paix. Cependant, peu de cultures nécessitent autant d’attention et de soin que la vigne. C’est donc en raison de cette proximité et de cet échange entre le vigneron et sa vigne qu’Isaïe reprend ce poème, qui a tout d’une chanson de vendange, pour parler de l’Alliance de Dieu et d’Israël et nous dévoiler la manière dont Dieu prend soin de nous.

 

Ses auditeurs ne s’y trompent pas. Ils comprennent que ce chant est une véritable parabole qui exprime l’amour que Dieu a pour son peuple, un peuple qui connaît la division comme le fait ressortir le prophète : « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la Maison d’Israël. Les plans qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. »

 

Le vigneron attendait le droit et la justice. Mais mal récompensé de ses efforts, il n’a reçu en retour que l’iniquité et les cris de détresse qui, ici, traduisent l’insouciance et l’égoïsme des riches face au malheur des pauvres. Blessé en son intimité par l’infidélité de son peuple, le Seigneur se met en colère et prend une décision radicale « d’enlever la clôture de sa vigne, d’ouvrir des brèches dans son mur, d’en faire une pente désolée… »

 

Cette décision, qu’Isaïe attribue à Dieu, peut nous surprendre voire nous choquer. Comment comprendre cette décision alors qu’on a pris l’habitude depuis longtemps – et c’est heureux ! – d’entendre que Dieu, amour et miséricorde, est celui qui panse les plaies, fait vivre et conduit à la paix.

 

Pour bien comprendre cette image du Dieu vengeur impitoyable qu’Isaïe présente à ses contemporains qui l’acceptent sans mot dire, il faut se replacer dans le contexte qui entoure la prédication. Nous sommes aux environs de 730 av. J.-C. Le poème d’Isaïe et le psaume intercalaire reflètent l’état de la réflexion théologique du moment. C’est une époque où l'on considère que tout vient de Dieu et à qui l’on attribue aussi bien le bonheur que le malheur, conséquence de nos mauvaises actions.

 

Malgré la connaissance encore à peaufiner qu’Isaïe a de Dieu, son poème est un appel à la conversion, et pour ses contemporains et pour nous. S’il signifie pour nous qu’il n’existe aucune puissance au monde hors de Dieu, il nous dit aussi que Dieu est un Dieu proche qui n’est pas indifférent à nos manières d’agir et nous place devant nos responsabilités face à l’idolâtrie qui défie le temps. Pour combien parmi nous en effet, malgré nos prises de distance par rapport à Dieu, nous nous accrochons à Lui et y revenons par la petite porte aux temps d’angoisse, comme le signifie l’expression « C'est le Bon Dieu qui t'a puni ! », expression qui a encore de beaux jours devant elle ! 

 

 

26e dimanche du temps ordinaire  - Année A  -  01.10.2017

 

Que notre oui soit oui !

 

Notre passage d’évangile fait suite à l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et à l’expulsion des marchands du Temple.

 

Si ces deux événements permettent aux foules d’un côté et aux enfants de l’autre de reconnaître en lui le Messie et de l’exprimer par l’acclamation « Hosanna, au fils de David ! », ces manifestations ne sont pas du goût des chefs des prêtres et des anciens.

 

Peu après, alors que Jésus enseignait dans le Temple, ces derniers viennent lui demander en vertu de quelle autorité, il se permettait d’enseigner. Même si Jésus cherche à rejoindre ses contradicteurs, l’échange se déroule dans un climat plutôt polémique, car il sait que ces professionnels de la religion cherchent à le supprimer. Aussi, la parabole des deux fils, ces fils qui remettent à plus tard leur engagement au service de la vigne de leur père, qui n’est autre que le peuple de Dieu, permet à Jésus de comparer leur attitude à l’attitude du fils qui dit vouloir correspondre au désir du père mais n’en fait rien.

 

« Les publicains et les prostituées vous précéderont… »

 

Si Jésus prend l’exemple de ces personnes aussi peu recommandables à leurs yeux, ce n’est pas pour leur rappeler qu’à bien des reprises ils lui ont reproché de manger et de boire avec les publicains et les prostituées. Ce que Jésus veut souligner, c’est que ces pécheurs publics ne sont pas restés insensibles à la prédication de Jean-Baptiste. Ils l’ont écoutée et se sont convertis. Ce n’est donc pas parce qu’ils sont pécheurs que le Royaume leur est ouvert, mais c’est bien parce qu’ils ont changé de comportement.

 

Jésus remet en cause l’attitude religieuse des chefs des prêtres et des anciens qui se sont enfermés dans leurs propres certitudes. Il regrette qu’ils ne se soient pas remis en question après avoir entendu la parole de Jean-Baptiste, comme il regrette qu’ils soient restés aveugles au chemin de conversion pris par les publicains et les prostituées.

 

L’entrée à Jérusalem, l’expulsion des marchands du Temple, l’accueil des petites gens, la parabole des deux fils qui est une invitation à aller travailler à la vigne du père, sont, pour Jésus, autant de chances offertes à ces professionnels de la religion de reconnaître en Jésus le Messie, le Fils de Dieu. Malheureusement, ils n’ont pas su les saisir !

 

Et nous ? Qu’est-ce qui, dans l’Evangile, est une chance pour nous, personnellement ? Qu’est-ce qui est une chance pour nos communautés ?

 

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » demandaient les disciples de Jean. Cette question peut être la nôtre, tant les événements que nous vivons peuvent aussi bien nous faire passer de l’euphorie à l’interrogation, et nous faire revoir nos engagements. 

 

 

25e dimanche du temps ordinaire - Année A - 24.09.2017

 

Au-dessus de notre logique et de nos calculs…

 

« Le Royaume des cieux est comparable… » Cette parabole pleine d’enseignements sur la relation à Dieu et sur les relations humaines qui débordent dans la relation en Eglise, Jésus l’adresse au peuple juif par le biais des scribes et pharisiens. Ceux-ci n’ont pas de peine à se reconnaître dans « les ouvriers de la première heure », comme le laisse supposer l’expression de « première heure ». Car, dans la Bible, le premier, c’est bien le peuple élu.

 

Dans les années 80, Matthieu adapte cette parabole à l’attention des judéo-chrétiens de sa ou de ses communautés, tiraillés entre leur appartenance à la communauté chrétienne et leurs racines juives d’une part et l’ouverture aux païens qui demandaient le baptême d’autre part.

 

Et pour faire bon poids, bonne mesure, comme il se peut qu’il y ait encore en nous quelques vestiges judéo-chrétiens, cette parabole prolonge assurément ses échos dans nos propres communautés.

 

 « Personne ne nous a embauchés ! »

 

Cette réponse, que l’on peut transcrire aussi par « personne n’est venu à notre rencontre ! », n’est pas très éloignée du dynamisme de « la sortie » que Dieu veut provoquer chez les croyants pour rejoindre les périphéries, comme le rappelle le pape François. Ou, autre cas de figure, les aurait-on renvoyés à eux-mêmes parce qu’ils dérangeaient ? Cela arrive aussi !

 

 « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? »

 

Se sentir proche d’une personne ne donne pas des droits sur cette personne. Contrairement à l’attitude des scribes et des pharisiens qui estimaient avoir droit à un régime de faveur et récriminaient contre le maître de la vigne qui n’avait pas fait de différence entre eux et les derniers arrivés, on ne devient pas possesseur de Dieu parce que l’on pratique sa foi avec régularité. Comme déjà signifié à Césarée de Philippe, Jésus garde sa souveraine liberté : JE bâtirai mon Eglise…

 

A quelque niveau que nous soyons au sein de l’Eglise, nous demeurons des serviteurs de la Parole !

 

 « Vas-tu regarder d’un œil mauvais, parce que, moi, je suis bon ? »

Par cette remarque, Jésus demande aux scribes et aux pharisiens, qui lui reprochent de manger et de boire avec les publicains et les prostituées, de changer de regard et de se convertir. Dans notre première lecture, Isaïe invite ses contemporains à faire confiance au Seigneur malgré les conditions extrêmes de l’exil qu’ils connaissent, car, pour celui qui le cherche, le Seigneur est bon et se laisse trouver « même si ses chemins sont élevés au-dessus des nôtres, et ses pensées au-dessus de nos penses. » 

 

24e dimanche du temps ordinaire - Année A - 17.09.2017

 

… Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés…

 

« Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? »

 

Cette question de Pierre, qui souligne l’importance centrale que prendra le pardon dans le mystère de la foi chrétienne, se situe dans le prolongement  de l’entretien entendu la semaine dernière. Matthieu, qui traitait de la vie de la communauté et de la correction fraternelle, donnait des exemples concrets de la relation entre les personnes : « Si ton frère a envers toi un comportement qui te blesse ou qui nuit à l’unité de la communauté, va trouver ton frère… »

 

On ne peut nier la bonne foi de Pierre qui cherche à savoir combien de fois il doit pardonner : « Me faudra-t-il lui pardonner jusqu’à sept fois ? »

 

La limite du pardon qu’il fixe « à sept fois » a du sens, parce que sept est un chiffre qui exprime la plénitude. Pour Jésus, c’est un premier pas, cependant assimilable à la rigueur du pharisien. Aussi s’empresse-t-il de compléter. Multipliant par septante l’intention généreuse de Pierre, Jésus fait éclater l’idée d’une évaluation proportionnée du pardon en rapport à l’offense.

 

La parabole, qui nous dit la miséricorde inépuisable de Dieu, nous dit aussi la distance infinie qui nous sépare de Dieu. Nous la retrouvons dans la somme exorbitante de dix mille talents. Par cette somme qui correspond au salaire annuel de seize mille ouvriers pendant dix ans, Jésus tient à nous faire saisir le décalage qui existe entre Dieu et nous.

 

Si la parabole nous dit combien nous sommes redevables à Dieu, elle nous invite à vivre de la miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde, comme le suggère le geste du roi « qui le laissa partir et lui remit sa dette… ».

 

« Serviteur mauvais ! Je t’avais remis ta dette… » Si l’on en reste au terme de mauvais, la réaction du maître à l’égard du serviteur impitoyable est assurément une réaction sans appel qui va dans le sens de la conclusion de la parabole mettant le serviteur entre les mains des bourreaux. Cependant, si l’on se réfère au texte grec d’origine, le terme mauvais peut aussi avoir le sens de « serviteur dans la douleur » d’où « serviteur malheureux ». Cette interprétation est intéressante. Elle rejoint la réflexion de Ben Sirac le Sage, la première lecture, sur « l’homme qui éprouvera la vengeance du Seigneur », quand on la met en regard de l’interprétation que donne Isaïe de la vengeance de Dieu.

Pour Isaïe, la vengeance de Dieu, « dont les pensées ne sont pas nos pensées », est l’engagement concret que prend Dieu afin que l’homme retrouve vie. Un pardon à imiter qui montre le caractère infini du pardon divin. 

 

23e dimanche du temps ordinaire - Année A - 10.09.2017

 

Comment dialoguer avec ce frère qui ne répond pas aux normes ?

 

« Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. »

 

Quelle est l’intention de Matthieu qui reprend pour la deuxième fois ces recommandations de Jésus, en l’espace de deux chapitres ? Que désire-t-il faire comprendre à sa communauté ? Comment comprenons-nous aujourd’hui ces recommandations ?

 

A Césarée de Philippe, Jésus donne à ces recommandations une portée d’ordre général. Ce sont « les clés du Royaume ». Elles établissent un lien direct entre nos paroles et nos actes qui, parce qu’ils nous ouvrent ou nous ferment à la relation aux autres, nous ouvrent ou nous ferment l’accès au Royaume, c’est-à-dire à la relation à Dieu.

 

Le passage de l’évangile de ce jour, comme l’ensemble du chapitre 18 de Matthieu, se situe dans le contexte d’une communauté locale. Il est question de la relation à autrui, de la réconciliation entre les personnes, de la manière de gérer la vie en communauté. Ne pourrait-on pas dès lors s’interroger au sujet de toutes ces personnes qui aujourd’hui, prennent une distance tant par rapport à l’église hiérarchique que par rapport à l’Eglise peuple de Dieu, mais dont elles se souviennent à des moments clés, ou limites, de leur existence spirituelle ou humaine…? Comment les rejoindre, comment leur suggérer de prendre une place, leur place dans cette ekklèsia que le Christ se donne lui-même de bâtir ?

 

Par ses questions « si ton frère vient à pécher… » ou « s’il a un comportement qui “nuit“ à l’unité d’une communauté… », Matthieu en appelle au dialogue et à la miséricorde : « Va lui parler seul à seul… » Les propos de l’évangéliste rejoignent les encouragements de Paul à son fidèle Timothée, tant il sait que, de part et d’autre, des dérapages verbaux sont toujours possibles : « Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais toujours avec patience et souci d’instruire. »

 

Matthieu reprend les recommandations de Césarée de Philippe pour sa communauté, non comme une norme pastorale intransigeante en préambule à un échange, mais comme une conclusion transitoire d’un dialogue qui aurait abouti à une impasse et que l’on remet entre les mains de Dieu.

« S’il refuse, dis-le à la communauté de l’Eglise… » Matthieu qui a le souci d’une Eglise, peuple de Dieu, se tourne vers la communauté. Car c’est bien à toute la communauté qu’il revient d’accompagner, de soutenir et de prier pour ce frère qui s’exclut de la communion, et à l’autre et à Dieu..

 

22e dimanche du temps ordinaire  -  Année A  -  03.09.2017

 

 

Face à la mentalité de notre monde… Jésus !

 

« Heureux es-tu, Simon, ce qui t’a été révélé vient de mon Père qui est aux cieux ! » Jésus encourage Simon-Pierre et, comme le rapportent les évangélistes, « à partir de ce moment, il commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter ».

 

Surpris par l’image du Messie que donne Jésus, Pierre affiche une immense désillusion, une révolte compréhensible, tant la présentation qu’en fait Jésus est différente de l’idée que l’on se faisait communément du Messie. Poursuivi par l’idée fixe de vivre dans un pays enfin libéré, Pierre porte sur le Messie un espoir politique. Car, comme nombre de ses contemporains, Pierre attend un Messie-Roi conquérant, un Messie qui expulserait de Palestine l’occupant romain.

 

« Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. » Par des paroles qui rappellent l’épisode des tentations au désert, Jésus ne se laisse pas convaincre et reprend fermement Pierre qui devient, pour lui, un obstacle à sa mission. Pierre ne peut accepter l’image d’un Messie souffrant et torturé. Son refus fait penser à un reniement avant l’heure et montre qu’il en reste à un niveau humain, et humain seulement !

 

« A partir de ce moment… » En d’autres termes, depuis que les disciples ont reconnu, par la voix de Pierre, que Jésus était le Messie, Jésus doit leur faire comprendre que c’est par la mort qu’il accomplira sa mission. Parce que « les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes… », il tente d’élargir leur vision et de leur faire prendre conscience que le tout de l’homme ne se joue pas ici-bas.

 

Comment nous situons-nous face aux paroles de Jésus qui nous invite à nous faire aux pensées de Dieu, à calquer nos pensées sur Ses pensées à Lui et à « prendre notre croix » ?

 

Avec nos maux qui nous accablent et souvent nous rebutent, comment nous situons-nous face à Jésus qui se présente non pas comme un Messie triomphant, mais comme le Messie souffrant et cruxifié, celui-là même que refuse Pierre ?

 

Alors que nous n’avons pas réponse à tout et que de lourdes questions n’ont pas fini de nous tirailler, Jésus nous propose de marcher humblement à sa suite dans la confiance, comme Jérémie qui s’est laissé séduire.

 

21e dimanche du temps ordinaire - Année A - 27.08.2017

 

 

Sur quelle Eglise (église) repose la solidité de notre foi ?

 

« … sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise… »

 

Chaque fois que nous récitons le Credo, cette prière qui reprend l’ensemble des articles fondamentaux de notre foi, nous affirmons croire en l’Eglise catholique. Mais à quelle église adhérons-nous ? Est-ce à une église, lieu de culte, cette église locale avec un petit “é“, que nous chérissons  ? Est-ce à une Eglise, constituée du peuple de Dieu, avec un grand “E“ ? C’est une distinction orthographique lourde de sens théologique mais qui ne s’entend pas à la proclamation. 

 

Même s’il est question de pierre, la conclusion de Jésus précise que « la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle ». Cette conclusion nous permet de prendre l’option de l’Eglise, peuple de Dieu. Car, même si la splendeur d’une cathédrale – romane ou gothique – nous émerveille à chaque rendez-vous, l’Eglise, que Jésus dit vouloir bâtir, n’est pas un édifice matériel composé de pierres de taille et de ciment. L’Eglise que Jésus veut bâtir repose non pas sur un rocher qui défie le temps, mais sur la solidité des propos de Simon-Pierre qui dépassent l’espace et le temps.

 

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » L’exclamation de Simon-Pierre introduit une relation, et une relation trinitaire. Cela peut nous surprendre au premier abord. Cependant, même s’il n’est pas spécifiquement nommé, l’Esprit est le lien qui unit le Père et le Fils, comme le laisse entendre la parole d’encouragement adressée à Simon-Pierre : « Ce qui t’a été révélé vient de mon Père qui est aux cieux ! »

 

Matthieu est le seul évangéliste à utiliser le mot grec ekklèsia, qui signifie convocation, appel, rassemblement, et à lui donner le sens d’Eglise. Par cette formulation, il tient à nous signifier que Jésus nous appelle à construire en lui et entre nous ce nouveau peuple de Dieu dont il est le bâtisseur.

 

« Je bâtirai mon Eglise… » Le propos est clair et nous rassure. Le maître d’œuvre, ce n’est pas l’homme, c’est le Fils de l’homme. Il n’y a donc pas à nous prendre pour un autre et à vouloir tout gérer. Notre mission est de nous mettre avec humilité à l’écoute du Christ Ressuscité qui n’a fondé ni Église ni religion, mais qui est venu simplement annoncer le Royaume.

 

La foi que nous avons reçue, nous l’avons reçue par le témoignage de nos familles, l’accompagnement de nos entourages, l’encouragement de nos rencontres. Il nous revient de l’annoncer et de la traduire par des actes dans nos milieux de vie.

 

 

20e dimanche du temps ordinaire  -  Année A  -  20.08.2017

 

 

La foi au-delà des frontières…

 

Jésus est venu en terre étrangère, dans la région de Tyr et Sidon, en raison de controverses avec les scribes et les pharisiens. Et voilà qu’il se trouve interpellé par une étrangère.

 

    Jésus ne répond rien à son appel, simplement parce que le peuple élu est un peuple à part qui ne fraie pas avec l’étranger.

 

     Sommé par ses disciples, Jésus répond qu’il n’a été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël, dans un refus de l’autre en raison de ses différences : cette étrangère n’est pas de notre religion, nous n’avons rien de commun avec elle !

 

    Quand il daigne répondre à son appel au secours, Jésus, dans sa réponse faisant référence aux petits chiens, ne fait que reporter sur cette femme les sentiments peu flateurs que l’on a à l’égard des Cananéens.

 

   Seule la conclusion du dialogue nous permet d’approcher le sens de ce retournement de situation : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! »

 

Bien construit, le récit de Matthieu retient l’attention et pousse à la réflexion. Pourquoi Jésus ne répond-il pas ? Quel est le sens de son attitude agressive ? S’il est difficile de penser que cette rencontre s’est passée comme elle nous est rapportée, nous pouvons dire qu’elle porte les traces de son auteur. Lui-même issu du judaisme, Matthieu a reformulé ce récit en fonction de la communauté de judéo-chrétiens à laquelle il s’adresse. C’est une communauté qu’il connaît bien. Il sait qu’elle est encore bien imprégnée de ses origines juives et qu’elle éprouve de la difficulté à frayer avec les païens qui sont traités en ennemis du peuple juif.

 

Comme il prend sur lui le péché du monde, Jésus, tel que le présente Matthieu dans les trois premières phases du récit, est celui qui adopte le comportement type du juif soumis à la loi reçue. L’intention de l’évangéliste est d’amener sa communauté à dépasser les conventions religieuses stéréotypées et à briser les tabous ethniques afin de rejoindre des personnes.

 

La quatrième phase du dialogue met en lumière les dispositions intérieures de cette femme. Dans sa foi, elle en appelle au Fils de David, non pour elle, mais pour l’amour de sa fille infirme. Ainsi l’on peut comprendre le sens de ce retournement de situation : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! »

 

Si, pour Matthieu, Jésus s'est limité aux brebis perdues d'Israël, c’est pour mieux faire ressortir que son message de salut ne connaît pas de barrières et qu’il est destiné à tous les hommes.

Cette ouverture à l’étranger est déjà présente dans le passage tiré d’Isaïe, notre première lecture. Comment transpire-t-elle jusqu’à la base, dans notre UP ? 

19e dimanche du temps ordinaire  -  Année A  -  13.08.2017 

 

« Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! »

 

La barque, la mer, l’autre rive… pour n’en retenir que quelques-uns, l’évangile de ce dimanche fourmille de mots chargés de symboles.

 

Derrière l’image de la barque se profile l’Eglise. Pour l’homme de la Bible, la mer, surtout la mer déchaînée, est un lieu où habitent et agissent les puissances démoniaques et, par conséquent, est un symbole de mort. L’autre rive est une invitation à aller de l’avant, à changer de regard, à viser la liberté comme lors du passage de la Mer Rouge ou du passage du Jourdain qui a ouvert la Terre promise au peuple d’Israël. En final, derrière l’autre rive, se profile la Résurrection…

 

« Après avoir nourri la foule, Jésus obligea ses disciples à le précéder sur l’autre rive… » Jésus obligea ses disciples… Pour comprendre cette exigence péremptoire de Jésus, revenons à l’épisode de la multiplication des pains et à ce qu’en dit Jean : « Sachant que la foule allait l’enlever pour le faire roi, il se retira seul, dans la montagne… ». Jésus qui, depuis l’annonce de sa passion à Césarée de Philippe, affirme que « son Royaume n’est pas de ce monde » ne peut que refuser ces honneurs. Par ce renvoi précipité, Jésus montre à ses disciples qu’ils n’ont pas à courir après les honneurs ni après les marques de considération que peut leur porter la population. Des consignes parfois oubliées au cours du temps !

 

« Jésus se rend à l’écart… » A plusieurs reprises, les évangélistes nous disent que Jésus se retire dans la montagne pour prier. Dans le secret de cette intimité, comme le rapporte l’évangéliste Jean, Jésus s’en remet à son Père, sûr que le Père lui donnera la force d’affronter la mission qui l’attend. La prière de Jésus englobe également ceux que le Père lui a donnés. La prière de Jésus est une prière de proximité. Jésus rejoint et accompagne ses disciples dans leur mission. Leur mission est un combat de tous les temps contre le déferlement des vagues et les vents contraires qui menacent la barque de Pierre, menaces venant aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur. Même si les forces de l’enfer ne peuvent rien de décisifs contre cette mission, crainte et angoisse sont au rendez-vous, elles qui déstabilisent !

 

« Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » Cette parole de confiance, cette présence du Christ se manifestant et tendant la main à Pierre sur le point de sombrer vers la fin de la nuit, au terme d’une longue lutte contre les peurs de tous ordres, évoquent déjà le matin de Pâques.

Par cet épisode de Jésus qui marche sur la mer, forces du mal, les évangélistes encouragent les communautés chrétiennes qui connaissent les persécutions en cette fin du premier siècle. Ils leur disent, comme à nous d’ailleurs, que c’est à elles aussi que Jésus tend la main.

 

Dimanche de la Transfiguration  -  Année A  -  6.08.2017

 

 

Vivre en transfigurés pour permettre à Jésus de bâtir son Eglise…

 

 

 

« Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène à l’écart, sur une haute montagne… »

 

Cette invitation a eu lieu lors d’un séjour à Césarée de Philippe, suite à des événements qui constituèrent un tournant et dans la vie de Jésus et dans la vie de la communauté des disciples troublée par les paroles entendues.

 

Et pour cause ! Poussé par les enseignements trompeurs de ses contradicteurs, Jésus avait demandé à ses disciples de se déterminer et de dire qui il était pour eux. « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »Suite à cette profession de foi, Jésus fit de Pierre le garant du collège apostolique et l’envoya en mission pour l’Eglise, suivant la parole bien connue : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise… ». Puis, levant le voile sur le mystère de sa personne, Jésus se présenta comme le Fils de l’homme qui devait se rendre à Jérusalem où il aurait à souffrir par la main des autorités religieuses. Et, pour la première fois, il annonça sa mort prochaine et sa résurrection.

 

L’appel de Jésus à le suivre au Tabor est comme une mission adressée à Pierre, Jacques et Jean, ses intimes, comme elle est, depuis, adressée à chaque chrétien. Jésus ne peut en effet qu’encourager tout témoin à voir les choses de plus haut, à prendre une distance d’avec les événements ou paroles qui laissent songeur. Cette montée au Tabor se présente donc comme ce temps nécessaire permettant de mettre de l’ordre dans notre esprit et d’assimiler des événements pour n’en retenir que l’essentiel.

 

La Transfiguration, comme le Baptême de Jésus, est une manifestation qui dépasse ce que l’on peut imaginer de la présence de Dieu en Jésus. La voix qu’entendent et que rapportent les apôtres le confirme : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui en qui j’ai mis tout mon amour ». A l’attention de ses communautés qui vivaient parmi des communautés juives qui leur étaient opposées et pour bien montrer que Jésus est réellement le Messie annoncé par les prophètes, Matthieu affirme et précise: « Ecoutez-Le ! »

Alors, nous aussi, dans la ligne de Matthieu, vivons en transfigurés, à la suite du témoignage de Jean : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons. La vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous, nous vous l’annonçons pour que notre joie soit communion ! » .                                                                                                        

 

17e dimanche du temps ordinaire  -  Année A  -  30.07.2017

 

 « Si nous savions le don de Dieu ! »

 

 

Quel est le trésor qui m’attire ? La perle rare qui ferait mes délices ?

 

Le Royaume que Jésus compare à un trésor caché et à une perle de grand prix sont des valeurs qui font sens à l’imagination de ses auditeurs. Il voudrait attirer leur attention, leur mettre l’eau à la bouche, qu’il ne s’y prendrait pas autrement ! Que représente pour nous ce Royaume ? Est-il pour nous aussi cette chance unique que Jésus laisse miroiter à chacun ?

 

Que ce soit sous la forme d’un trésor découvert ou sous la forme d’une perle qui attise le désir, le Royaume des cieux peut se présenter à nous comme une surprise aussi bien que comme l’aboutissement d’une quête qui a duré toute une vie.

 

Le laboureur exulte de joie alors que le négociant ne laisse filtrer aucun sentiment parce que, pour lui, c’est normal. A force de chercher, on finit toujours par trouver… Si, comme le fait remarquer l’évangéliste, l’attitude entre les deux personnages diffère lors de la découverte, quand il s’agit d’acquérir l’objet convoité, ils se rejoignent car ils vendent tout ce qu’ils possèdent.

 

La réaction des acteurs de cette parabole, qui réalisent aussitôt leur dessein, correspond à l’actualité de l’appel de Jésus au début de l’évangile selon Marc : « Le temps est accompli et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Evangile. »

 

Mais comment comprendre en quoi consiste ce Royaume ? D’une part Jésus nous dit que son Royaume est proche et même déjà là, et d’autre part il nous dit : « Mon Royaume n’est pas de ce monde ».

 

Le Royaume dont parle Jésus n’est pas de ce monde quand il consiste en une volonté de puissance terrestre. Avec leur question : « Est-ce maintenant que tu vas restaurer la royauté en Israël ? », ses apôtres n’ont-ils pas déjà butté là-contre jusqu’au jour de l’Ascension ?

 

Le Royaume dont parle Jésus est spirituel. Même s’il n’est pas observable, il est bien ici. Il agit comme du levain enfoui en pleine pâte. Le passage de l’évangile de Luc, que nous choisissons pour parler du Royaume, connaît des versions différentes.

Ces regards personnalisés ne sont pas opposés, mais complémentaires et indissociables !

16e dimanche du temps ordinaire  -  Année A  -  23.07.2017

 

« S’il savait qui est celle qui le touche… »

 

Matthieu le précise d’emblée, Jésus propose cette parabole du bon grain et de l’ivraie à la foule, donc aussi bien aux scribes et aux pharisiens qu’à ses propres disciples.

 

Ce champ aux lourds épis criblés d’herbes indésirables, c’est l’ensemble de l’humanité qui se profile avec son inextricable mélange de bon grain et d’ivraie. Il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les méchants. Nous sommes de ce monde et la cohabitation du bien et du mal est bien ancrée en nous, en chacun de nous !

 

« Veux-tu que nous supprimions cette ivraie ? » Le zèle de ces ouvriers qui se disent prêts à se porter volontaires pour remettre tout dans l’ordre permet à Jésus de rebondir sur l’intolérance rencontrée aussi bien parmi les pharisiens que parmi ses propres disciples. Souvenons-nous de Simon, le pharisien, qui s’offusque de ce qu’une femme de mauvaise vie mouille, de ses larmes, les pieds de Jésus ! Jésus lui adresse la parabole du créancier aux deux débiteurs. Souvenons-nous de la réprimande de Jésus adressée à Jacques et à Jean qui n’auraient reculé devant aucune intervention spectaculaire du ciel pour réduire à leur merci des Samaritains opposés au passage du groupe des disciples sur leur territoire ! Souvenons-nous de celle adressée par Jésus aux disciples indignés qui ne pouvaient admettre qu’un étranger au groupe des apôtres puisse expulser les démons en son nom !

 

La moisson arrivera en temps voulu ! « Je dirai alors aux moissonneurs… » Jésus soutient que le tri ne peut être que l’affaire de Dieu, et de Dieu seul ! Il n’y a pas lieu de précipiter les événements. Car le temps et les rencontres peuvent faire des miracles ! Par son refus de brusquer la nature, Jésus, qui en appelle à la patience et à la compréhension, a bien plus en tête que le souci de la croissance du bon grain. Il a en lui une espérance qui nous dépasse et à laquelle il nous invite. Car, si personne ne peut se prévaloir d’être le meilleur et « de remercier Dieu de ne pas être comme le reste des hommes », personne ne peut être accusé d’être irrécupérable. L’attente est un temps propice au retournement personnel et à la conversion.

 

Seul évangéliste à rapporter cette parabole, Matthieu s’adresse à une communauté de judéo-chrétiens rejetée par les communautés juives et accueillant de plus en plus de païens convertis au christianisme. Cette communauté avait assurément besoin d’entendre ces propos.

Et par ricochet, pourquoi pas nous ?

 

 

15e dimanche du temps ordinaire  -   Année A   -   16.07.2017

 

Tout chrétien peut se reconnaître dans le semeur, le grain, le terrain…

« Voici que le semeur est sorti pour semer… »

Le long évangile du jour, dont nous entendons la parabole et non les commmentaires, peut nous surprendre comme cette parabole a surpris les disciples.

De fait, cette parabole se situe dans la ligne des évangiles de ces derniers dimanches qui précisent que, « voyant des foules fatiguées et abattues comme des brebis sans berger », Jésus avait choisi douze collaborateurs et les avait envoyés « comme des brebis au milieu des loups… ».

Les images du bord du chemin, du sol pierreux, de la couche de terre peu profonde, des ronces qui sont le reflet des oppositions et des échecs rencontrés par Jésus et ses disciples au cours de leur mission, nous montrent que Jésus accompagne et fait corps avec ses disciples.

Par cette parabole, Jésus, que l’on reconnaît sous les traits du semeur, exhorte non seulement ses disciples, mais les chrétiens de tous les temps, à persévérer dans l’annonce de la Parole. ll nous invite donc à ne pas nous laisser submerger ni décourager par les aspérités du « terrain ». Ce terrain peut être l’indifférence ou le refus de celui à qui est annoncée la Parole. Il peut être également le milieu dans lequel nous vivons aujourd’hui (immeuble locatif, quartier, village et, pourquoi pas aussi, communautés ( ?)) et qui peut nuire à notre dévelpppement harmonieux. Car, comme la fine pointe de la parabole le suggère, l’image de la bonne terre est une espérance. A nous baptisés, il nous revient, par notre vie, de semer. Cependant, le rythme de la germination ne nous appartient pas. S’il tient à la graine, il tient aussi à la providence !

Convaincu que tous les êtres de l’univers sont unis par des liens invisibles et forment une sorte de famille universelle, une communion sublime, le pape François, dans une note écologiste proche de la parabole du jour, nous rappelle notre responsabilité spirituelle face à la nature : « Dieu nous a unis si étroitement au monde qui nous entoure que la désertification du sol est comme une maladie pour chacun et nous pouvons nous lamenter sur l’extinction d’une espèce comme si elle était une mutilation. »

« Comme la pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre… » Alors que l’image du cycle de la nature permet à Isaïe d’annoncer une promesse de libération pour le peuple d’Israël en exil, à partir des différents terrains présentés la parabole nous propose de devenir ce terrain généreux qui, parce qu’il accueille Jésus, Parole de Dieu, permet à chacun un développement harmonieux dans son milieu de vie en accord avec la nature.

 

 

14e dimanche du temps ordinaire  -  Année A  -  09.07.2017

 

Que, dans la contemplation du Christ, notre mission devienne prière…

 

Trois thèmes ressortent de l’évangile du jour :

 

1. L’émerveillement du Fils devant la bonté du Père qui se révèle aux hommes.

 

2. La contemplation de la communion qui unit le Père et le Fils.

 

3. L’invitation à suivre Jésus dans la confiance.

 

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. »

 

Dans cette prière d’action de grâce, Jésus reconnaît la grandeur de son Père,  s’en remet à Lui et surtout Le remercie pour la bonté de Son regard qu’Il porte sur les tout-petits. Ces « tout-petits », ce ne sont pas les nourrissons naturellement dépendant de leur entourage, ce sont les personnes de basse extraction, les humbles, les pauvres qui, en raison de leur situation, sont dépendants des « sages et savants », de ceux qui savent ou prétendent savoir. Ces « tout-petits » ne comptent pas aux yeux du monde, mais comptent aux yeux de Dieu. D’après ce que l’on peut déduire de sa prière, Jésus fait allusion aux oppositions rencontrées lors de ses échanges avec l’élite religieuse de son temps qui n’a ni entendu sa parole ni reconnu ses miracles.

 

À diverses reprises, nous disent les évangiles, les disciples ont été les témoins de la relation intense de Jésus avec celui qu'il appelle « Père ». Cette intimité, dont parle abondamment Jean, Matthieu nous la partage aujourd’hui. Par quelques traits fulgurants, il nous invite à communier à cette intimité, à cette relation réciproque qui unit le Fils et le Père : « Tout m’a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Joignons nos voix à la voix des apôtres qui ont demandé au Seigneur de leur apprendre à prier…

Aussi, avec le Christ, tournons-nous vers le Père. Avec Lui, proclamons les louanges de Dieu et remettons entre les mains du Père aussi bien les personnes qui acceptent la rencontre que celles qui la refusent. Mais, surtout, mettons-nous dans l’attitude de « celui à qui le Fils veut se révéler. »

« Venez à moi, vous qui peinez sous le poids du fardeau… » Comme Jésus, soutenons ceux qui subissent la Loi tatillonne imposée par les scribes et pharisiens des temps modernes. Mettons-nous du côté des pauvres. Ils ont une place de choix dans le cœur de Dieu.

 

13e dimanche du temps ordinaire   -   Année A   -   02.07.2017

 La croix est relation à Dieu et relation aux hommes…

 

Voilà un passage d’évangile au premier abord déroutant parce que composé apparemment d’éléments disparates… Il est en effet question :

 

- De relations familiales,

 

- De porter sa croix, c’est-dire de supporter avec Jésus ses souffrances,

 

- De préserver sa vie personnelle de manière égoïste,

 

- D’accueil des ministres de la Parole, puis de tout homme juste,

 

- De récompense pour avoir prêté attention à un disciple sans grade…

 

Et pourtant, si l’on se rapporte aux paroles de Jésus en finale de l’évangile de dimanche dernier, on saisit que le Christ est au centre du choix proposé : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. »

 

Pour se déclarer du Christ, il faut savoir choisir et oser la liberté. C’est ce que semble exprimer Jésus dans l’exemple hautement pédagogique qu’il prend pour parler de l’affection par trop marquée d’un enfant pour ses parents, ou d’un parent pour son enfant !

 

Jésus demande respectivement, à cet enfant / à ce parent non pas de rompre la relation familiale, mais de se libérer par un choix personnel de ses sentiments par trop affirmés qui rejaillissent lourdement sur le parent / l’enfant assujetti, comme il demande au parent / à l’enfant par trop choyé de prendre conscience des capacités qui sommeillent en lui pour  oser s’exprimer personnellement en tout liberté.

 

C’est cette liberté retrouvée qui permet et aux uns et aux autres, de répondre par un choix personnel à l’appel du Christ qui demande de porter sa croix. De cette croix qui en Jésus-Christ, est un lien entre Dieu et les hommes, et ne l’oublions pas, un lien entre tous les hommes, Paul en donne une image spirituelle éblouissante dans sa lettre aux Ephésiens : « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi. »

 

Ce vœu, nous pouvons le faire nôtre, le prolonger personnellement et en communauté : « Si nous restons enracinés dans l’amour, établis dans l’amour, nous serons capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… Nous connaîtrons ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors nous serons comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu. »

Au seuil des vacances qui commencent pour bien des personnes, c’est tout un programme à notre portée !

12e dimanche du temps ordinaire  -  Année A  -  25.06.2017

 

« Ne craignez pas… Soyez confiants ! »

 

L’évangile de dimanche dernier nous disait que, de retour d’une tournée de prédication, Jésus avait pris la décision de s’entourer de douze collaborateurs pour accompagner et soutenir les foules rencontrées qui lui paraissaient « abattues comme des brebis sans berger ».

 

Après leur avoir annoncé qu’il les envoyait en mission auprès du seul peuple élu et après avoir évoqué les risques qu’ils encouraient, Jésus exhorte à deux reprises ses disciples à la confiance et à l’audace :« Ne craignez pas les hommes ». Dans un passage qui précède l’évangile du jour, Matthieu rapporte en effet les paroles peu encourageantes de Jésus, accusé lui-même, par les scribes et les pharisiens, de manquer de respect à la tradition des anciens : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups… ».

 

« Ne craignez pas… » Matthieu reprend et actualise les encouragements que Jésus adresse à ses Apôtres avant leur départ en mission vers les chrétiens des premières communautés. Car, au temps où Matthieu écrivit son évangile, la persécution des chrétiens par les juifs était une réalité. Cette persécution ne faisait non seulement craindre pour la vie, mais également pour la foi de ces communautés. Cité par Matthieu, Jésus le laisse entendre : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la Géhenne l’âme aussi bien que le corps. » La mort spirituelle est un bien plus grand danger qui nous coupe de la relation à Dieu et à notre destinée au-delà de notre vie corporelle.

 

Cette exhortation à ne pas craindre de Jésus ne nous concernerait-elle pas, nous aussi, aujourd’hui ?

 

Au delà de la crainte, Jésus nous invite à la confiance, car on ne peut résister à la Vérité : « Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu… »

 

« … Or, aucun moineau ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. N'ayez donc pas peur : vous valez plus que tous les moineaux du monde ! » Par ces images, Jésus nous dit la proximité de Dieu pour nous, une proximité que nous retrouvons dans la déclaration que Jésus adresse à chacun : « Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. » 

 

 

11e dimanche du temps ordinaire  -  Année A  -  18.06.2017

 

Jésus, Dieu parmi nous, nous envoie en mission en son nom…

 

« Philippe, crois-le, qui m’a vu a vu le Père. »

 

Il est des moments où, comme Philippe, nous hésitons et pensons que Dieu n’est pas aussi proche que l’affirment bien des prédicateurs. Par les paroles et les actes de Jésus qu’il relève dans son évangile, Matthieu nous dit, au contraire, la proximité de Dieu. Ainsi, la pitié que Jésus ressent face à cette foule fatiguée et abattue n’est pas qu’une émotion sensible sans lendemain. Le sentiment qui le saisit aux entrailles et imprègne toute sa personne est un sentiment qu’il partage avec son Père, dans cette interdépendance souvent exprimée : « Je suis dans le Père et le Père est en moi. »

 

 « La moisson est abondantePriez le maître de la moisson... » Conscient de l’ampleur de la mission, Jésus s’en réfère au Père et partage cette responsabilité avec ceux qui croient en sa Parole, avant de choisir douze collaborateurs. Douze, ce nombre ne surprend pas, c’est un nombre parfait provenant à l’origine du zodiaque et des mois de l’année. Dans la Bible, douze, qui symbolise l’ensemble du peuple de Dieu, rappelle également le nombre des tribus d’Israël.

 

Les Apôtres, à qui Jésus confie sa mission, étaient très différents les uns des autres. Matthieu, le publicain et percepteur d’impôts, était considéré comme un collaborateur ; Simon le zélote était un partisan opposé à la présence des Romains en Palestine; Pierre, le craintif, et son frère André étaient des pêcheurs indépendants, alors que Jacques et Jean, au caractère bien trempé, formaient avec leur père une société de pêcheurs. Que dire de Judas Iscariote ? Cette diversité de sensibilité, de provenance et de tendance permet de dire que le Royaume de Dieu s’offre bien à tous.

 

« Ces douze, Jésus les envoie en mission avec la consigne de ne pas aller chez les païens ni en Samarie. » Par cette recommandation, Jésus signifie à ses Apôtres qu’il leur revient de commencer leur mission auprès du peuple élu qui, en tant que fils et frère aîné dans la foi, aura à convertir les païens.

 

« Le pouvoir que Jésus donne à ses Apôtres : d’expulser les esprits mauvais, de guérir de toute maladie et toute infirmité, de ressusciter les morts, de chasser les démons, est un don gratuit. » 

Ce don gratuit est aujourd’hui entre nos mains. C’est à nous de manifester la présence du Royaume auprès de nos contemporains, en proximité, par des rencontres personnalisées.

 

Dimanche de la Sainte Trinité   -   Année A   -   11.06.2017

 

 

Une profession de foi toujours à renouveler…

 

·      Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible…

 

·      Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles…

 

·      Je crois en l’Esprit saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; Il procède du Père et du Fils ; comme eux, Il reçoit même adoration et même gloire.

 

En ce dimanche de la Sainte Trinité, l’Eglise nous donne de méditer ces paroles du « Credo » que nous connaissons par cœur, pour les réciter ou les entendre chaque dimanche. C’est une chance qui nous est offerte d’approfondir et de réaffirmer notre adhésion au Dieu, Père, Fils et Esprit, dont Jésus nous abondamment parlé sa vie durant.

 

Depuis plusieurs semaines en effet, partant du discours d’adieu de Jésus à ses disciples, l’évangéliste Jean nous partage l’intimité de la relation de Jésus à son Père, une relation non pas fermée sur elle-même, dans un projet égoïste, mais une intimité qui, irradiant dans l’Esprit, rejaillit sur l’humanité. Ainsi, nous effleurons la profonde relation qui unit Jésus à son Père. « Tourné vers le Père », il est « celui qui ne fait rien de lui-même, mais qui s’en remet au Père ». De même, il n’arrête pas à lui la relation aux autres : « celui qui croit en moi, ce n’est pas en moi qu’il croit, mais en celui qui m’a envoyé. » Il nous remet au Père en qui il a toute confiance. 

 

« Le Père qui m’a envoyé m’a donné un commandement d’amour qui est vie éternelle. » Jean nous éclaire sur le projet de Dieu, dont la dimension de vie nous accompagne depuis l’alliance conclue avec Abraham, comme en témoigne la lettre aux Hébreux : « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ;mais à la fin, en ces jours où nous sommes, Il nous a parlé par son Fils qu’Il a établi héritier de toutes choses et par qui Il a créé les mondes. »

 

Aussi imprégnons-nous du souhait que saint Paul nous adresse :

 

« Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, L’amour de Dieu Et la communion de l’Esprit saint soit sur nous tous !

 

Dimanche de la Pentecôte   -   Année A   -   04.06.2017

 

Une unité dans la diversité voulue par Dieu…

 

Alors que Pâques est une fête de « libération », la Pentecôte, qui se célèbre cinquante jours plus tard, d’où son nom, était une fête juive de la moisson avant de devenir la fête du don de la Loi au Sinaï, un événement qui favorisa le rassemblement des tribus d’Israël en un seul peuple.

 

A l’époque du Christ, la Pentecôte juive était très importante, comme l’indique l’énumération qu’en donne l’auteur des Actes : « de toutes les nations qui sont sous le ciel », on se rendait à Jérusalem.

 

Par les images qui rappellent l’événement du Sinaï, « violent coup de vent » et « feu qui se partageait en langues », Luc veut nous faire prendre conscience que la Pentecôte, cette année-là, est un nouveau Sinaï. « Comme Dieu avait donné à son peuple sa Loi pour lui enseigner à vivre dans l’Alliance, Dieu lui donne désormais son propre Esprit. »

 

Si le vent secoue la maison au point d’ouvrir portes et fenêtres, c’est un souffle créateur, comparable à l’haleine de vie que Dieu insuffla dans les narines d’Adam, avec l’idée, à n’en pas douter, de « sortir de… pour d’aller vers… ». Dans l’évangile, par le geste « du souffle » et par la parole « d’envoi », Jésus transmet à ses disciples l’Esprit qui nous accompagne désormais dans notre mission, faite de témoignage et de partage.

 

Si le feu se présente sous forme d’une boule, ce n’est pas une masse qui écrase les disciples, mais une « sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posait sur chacun d’eux ». L’idée essentielle de cette image est de montrer qu’il n’y a qu’un seul et unique Esprit, un Esprit qui, par respect des personnes, se manifeste différemment de l’une à l’autre. Saint Paul ne dit pas autre chose dans sa lettre aux Corinthiens quand il insiste sur le rapport unité-diversité : « Les dons de la grâce sont variés ; les services sont variés ; les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. » A nous d’en prendre conscience dans nos vies !

 

Cette unité dans la diversité se trouve non seulement du côté des langues de feu, mais également du côté de la langue des pèlerins juifs, témoins de l’événement, car, comme à Babel, Dieu s’oppose à la pensée unique.

Comment cette complémentarité « unité-diversité » cohabite-t-elle dans nos communautés appelées à se retrouver en des célébrations qui « font sens » ?

7e dimanche de Pâques    -    Année A    -     28.05.2017

 

« La vie éternelle, c’est de Te connaître, Toi, le seul et vrai Dieu… »

 

« A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père… » L’évangile de ce jour réalise le « Tout est achevé ! » du Christ sur la croix. Jésus y reconnaissait avoir accompli en plénitude tout ce qu’il avait fait pour permettre à l’humanité de comprendre jusqu’où allait l’amour de Dieu.

 

« Donne-moi la gloire que j’avais auprès de Toi avant le commencement du monde. » Cette gloire du Christ, qui retourne au Père après avoir accompli l’œuvre qu’Il lui avait confiée, n’en finit pas de transformer, non seulement le cœur de l’homme, mais toute la création. Isaïe le signifiait déjà dans un admirable poème emprunté à la météorologie : « De même que la pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange, ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission. »

 

Si Jésus s’en remet au Père qu’il n’a cessé de contempler sa vie durant, comme en témoignent les évangélistes,cette prière de communion au Père, Jésus la partage avec tous ceux qui veulent bien l’accueillir :

 

 « J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner… »

  « Je donnerai la vie éternelle à tous ceux que tu m’as donnés... »

 

 « Je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés : ils sont à toi… »

 

Ces propos peuvent surprendre ! A plusieurs reprises en effet, dans sa prière faite de contemplation et de demandes, Jésus semble porter son attention uniquement sur ceux qui ont accueilli sa Parole, contrairement aux propos des prophètes de l’Ancien Testament qui ne cessaient d’en appeler à l’universalité du salut ou à ses propres affirmations lorsqu’il déclarait « ne pas être venu pour les bienportants mais pour les malades. »

Comment comprendre ce revirement ? Ne serait-ce pas à fin qu’à la suite d’Israël, dont le Seigneur a fait « la lumière des nations pour que son salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre», celui qui croit que le Christ est l’envoyé du Père devienne celui que le Christ envoie en mission, dans un monde en attente de libération et d’ouverture à une vie sans fin ?

6ème Dimanche de Pâques   -   Année A    -   21.05.2017

 La fidélité, un message pour notre temps !

 

« A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père… »

 

A quelques jours de la Fête de l’Ascension, l’Evangile qui se rapporte à la veille de la Passion peut surprendre. Il y a cependant une profonde parenté entre les deux événements. Au soir du Jeudi-Saint comme au jour de l’Ascension, le souci de Jésus est de rassurer des disciples anxieux et de leur donner les signes d’espérance en vue de la mission qui leur est confiée.

 

Dans les années 90, Jean reprend ce discours et l’adapte pour ses communautés qui, vivant dans « un monde incapable de recevoir l’Esprit de vérité, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas », avaient, comme les premiers disciples, le sentiment d’être livrées à elles-mêmes, sans soutient.

 

Alors que, dans sa lettre, Pierre établit une relation entre les sentiments que l’on a pour le Christ et l’expression de cette adhésion qui doit se lire dans les échanges avec des personnes éloignées de la foi : « c’est le Christ que vous devez reconnaître dans vos cœurs, comme seul saint », Jean évoque les vérités qui devraient jaillir du cœur de ses communautés.

 

   « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. » Pour Jean, on ne peut être fidèle aux commandements du Christ, sans une relation personnelle avec Lui. Et pour cause ! Même s’il est question de commandements au pluriel, dans la bouche du Christ, il n’y en a qu’un seul, celui de « l’Amour de Dieu qui passe par l’amour du prochain ».

 

   Contre le sentiment d’abandon que nous pouvons éprouver nous-mêmes, aujourd’hui, dans notre monde et ses zones d’ombre, Jean rappelle l’engagement personnel de Jésus : « Moi, je prierai le Père ». Ce témoignage nous dit surtout que Jésus nous accompagne par l’Esprit de Vérité irradiant de cette relation intime qui le lie au Père.

« Cet Esprit, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il est en vous… » Jean en a la certitude : la présence en nous de l’Esprit est le signe de notre envoi en mission. Car, si « le monde ne voit ni ne connaît l’Esprit », c’est à nous de lui faire découvrir, par notre vie, « la présence active de l’Esprit en toute chair » ! 

 

5ème Dimanche de Pâques   -   Année A   -   14.05.2017

 Devenus « Prêtre, prophète et roi », par le baptême…

 

Cette lettre, Pierre l’adresse à l’ensemble de la communauté chrétienne dispersée en Asie Mineure et qui vit dans un contexte de persécutions locales. Les persécutions, dont il est question, sont plus des railleries, des vexations, des insultes que des tortures systématiques.

 

Cependant, pour soutenir la foi hésitante de ces chrétiens humiliés, l’apôtre les encourage à continuer de mettre leur confiance dans le Christ qui « est cette pierre vivante que les bâtisseurs ont éliminée mais que Dieu a choisie. » Devenus pierre vivante le jour de leur baptême – tout comme nous d’ailleurs ! – il leur redit en quoi consiste leur vocation : « Vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, le peuple qui appartient à Dieu, chargés d’annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. » Une parole qui engage !

 

L’expression très forte de “race“ employée avant “peuple“, signifie que l’auteur de la lettre tient à s’adresser à chacune de ces communautés constituées d’ethnies différentes qui recouvrent cette vaste région. C’est donc à la fois chaque cellule et chaque membre de cette communauté qui sont interpellés et encouragés à entrer dans ce dynamisme missionnaire annoncé par l’apôtre. Et chez nous ?

 

Aussi, comme le signifiait le ministre du sacrement le jour de notre baptême, nous sommes, nous aussi, devenus : « Prêtre, prophète et roi », nous pouvons faire nôtre cette prière eucharistique :

 

« Seigneur Dieu, qui nous fais passer des ténèbres à la lumière par ta Parole de libération,

 

Tu fais de nous des Prêtres pour célébrer et prier,

 

Tu fais de nous des Prophètes pour proclamer cette Bonne Nouvelle qui passe les limites de nos cœurs et de nos églises,

 

Tu fais de nous des Rois pour servir et construire la communauté dans la charité et la dignité…

 

Renforce les liens d’unité entre laïcs et prêtres,

 

Donne à ton Eglise de devenir, au milieu d’un monde qui se cherche, un instrument au service de ta paix… 

 

   Nous te le demandons par le Christ, dans la communion de l’Esprit. »

 

4ème Dimanche de Pâques   -   Année A   -   07.05.2017

Jésus, sacrement qui nous montre un Dieu, Père et nous ouvre à son visage…

 

Comme le laisse entendre la formule répétée : « Amen, Amen » accentuant la vérité qu’il tient à faire comprendre, Jésus, sur un ton solennel, interpelle les pharisiens, cette catégorie de personnes qui constituent l’élite religieuse du temps. Il leur propose deux paraboles.

 Par la première, qui exprime la relation de confiance entre le berger et ses brebis, Jésus tient à leur montrer combien Dieu, parce qu’il est le Tout-Autre et au-dessus de tout, est aussi ce Dieu tout proche qui accompagne et connaît chacun. Jean conclut cet échange de Jésus avec les pharisiens d’une manière ironique : « Ils ne comprirent pas ce qu’il voulait dire. » De fait, ils avaient bien compris que le berger, c’était Dieu, mais leur “ sens du sacré “ était tel qu’ils refusaient cette relation de proximité de Dieu. Elle leur semblait aller à l’encontre de sa sainteté.

« Je suis la porte des brebis. »

Par cette parabole, qui fait référence à l’histoire d’Israël, Jésus rappelle cette proximité de Dieu pour son peuple à de fins connaisseurs de la Loi, comme les pharisiens. Ils ne peuvent rester indifférents, tant le mot “ porte “ qui équivaut à “ pasha “, passage, et a donné le mot Pâque, évoque la libération du joug égyptien.

Dans la mouvance de la Résurrection que nous venons de célébrer, si Jésus se présente comme cette porte qui nous ouvre à un Dieu, Père, en d’autres lieux il se s’affirme comme : « Le chemin, la vérité et la vie », un passage obligé : « Nul ne va vers le Père sans passer par moi. » Ainsi Jésus se manifeste comme celui en qui Dieu, le Tout-Autre, se fait le Tout-Proche. Cette parole, il confirme à Philippe au soir de la cène, en lui disant que Dieu peut être contemplé : « Qui m’a vu a vu le Père. »

Pour l’auteur de la lettre au Hébreux, qui s’adresse une communauté chrétienne éprouvée par la persécution et la destruction du temple par les armées romaines dans les années 70, « Le Fils est venu dans le monde pour nous délivrer de la crainte de la mort. »

En chemin avec le Christ, berger, qui connaît et prend soin de ses brebis, par notre baptême, nous avons passé la porte qui donne accès au Père. 

Comment, par notre rayonnement, invitons-nous nos contemporains à s’ouvrir en plénitude à cette réalité qui nous dépasse ?

3ème Dimanche de Pâques   -   Année A   -   30.04.2017

 

Quand nos chemins de déception deviennent chemins d’espérance…

 

« Le troisième jour après la mort de Jésus… » Luc, qui situe ce récit le dimanche soir de la Résurrection, nous permet, entre autres, de comprendre la rencontre des disciples d’Emmaüs avec Jésus comme les différents temps d’une célébration eucharistique.

 

Kyrie… la demande de pardon conclut le regard que chacun porte sur la semaine écoulée, sur l’appréciation qu’il porte de lui-même face à Dieu…

 

-  Ainsi, au côté de Cléophas et de son compagnon – ou de sa compagne – qui ont abandonné la communauté des disciples tout aussi bouleversée qu’eux, nous pouvons reconnaître nos manques de solidarité.

 

- « Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël ! » Si la souffrance et la mort de Jésus réduisent à néant l’image triomphante du libérateur politique qu’ils se faisaient du Messie, nous, quelle image nous faisons-nous du Christ ? Quelle espérance mettons-nous en Lui ?

 

La liturgie de la Parole… sous forme d’un dialogue :

 

-  « C’était un prophète puissant par ses actes et ses parolesqui a été crucifié pour avoir fait de l’ombre à nos autorités… » Si la relecture que font les disciples de la vie de Jésus correspondait à l’évangile

 

-  « Partant de Moïse et des prophètes… », l’explication que donne Jésus à partir des écritures est en fait l’homélie… Des paroles qui  transforment les cœurs… des paroles qui nous sont aussi adressées…

 

La fraction du pain… C’est le geste qui, non seulement brûle leur cœur, mais les invite, et nous invite aussi, à vivre l’intimité. Prenant du pain, prenant du vin, qu’il change en son corps et en son sang, Jésus ouvre nos yeux à l’ensemble des situations concrètes de l’existence humaine. Car, dans ce geste, c’est toute la joie, toute la sueur, tous les crève-cœur de l’humanité, ses doutes, ses échecs, que Jésus présente au Père. Le « faites ceci en mémoire de moi » de Jésus est un appel à devenir témoin du Christ auprès des hommes et témoin des hommes auprès de Dieu.  

« Allez dans la paix du Christ ! » Cette invitation que nous recevons en clôture de chaque Eucharistie, les disciples la reçoivent comme une invitation à devenir missionnaires auprès des disciples restés à Jérusalem. Et nous ? Comment vivons-nous cette invitation au quotidien avec cette foi en la présence du Christ qui fait route avec nous ?

 

2ème Dimanche de Pâques   -   Année A   -   23.04.2017

 

Toute liturgie nous rassemble autour du Christ pour un envoi…

 

Les Actes des Apôtres, sous la plume de Luc – notre première lecture –, et Jean, dans son évangile, nous offrent deux regards différents mais complémentaires sur la vie d’une communauté chrétienne idéale.

 

Par la diversité des activités pastorales proposées, comme « la fidélité à écouter de l’enseignement des Apôtres ; la communion fraternelle qui passe par la solidarité ; la participation à l’Eucharistie ; les rencontres de prière… », le programme de Luc correspond à un ensemble de célébrations que nous pouvons répartir sur une semaine, dans nos communautés.

 

Jean, qui situe son propos « au soir du premier jour de la semaine », nous introduit, lui, dans une liturgie Eucharistique, même si le développement de cette rencontre du Christ avec ses apôtres ne correspond pas en tout point aux divers moments liturgiques de la messe que nous connaissons :

 

- Comme la demande de pardon – le Kyrie – et le don de la paix :

 

« Alors que les portes du lieu étaient verrouillées… Jésus était là au milieu d’eux : La paix soit avec vous ! » Jean nous présente Jésus comme celui qui se joue des barrières physiques, des peurs de rencontres, comme des enfermements spirituels. Le contexte dans lequel vivent les apôtres peut nous rejoindre. Aussi, la paix que Jésus propose n’est pas un bien-être personnel pour soi tout seul, mais une relation qui déborde sur ceux que nous côtoyons et avec lesquels il se peut que nous ayons des relations autres qu’évidentes. Car, ainsi que le pape nous le rappelle ce dimanche de la divine Miséricorde, « la valeur de la miséricorde qui est en lien avec le Judaïsme et l’Islam, dépasse les frontières de l’Eglise ».

 

- Comme le partage d’évangile qui est Parole de Dieu :

 

« Il leur montra ses mains et son côté. » Par ce geste, Jésus rappelle à ses disciples, et nous rappelle, qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime…

 

-  Comme la communion :

 

« Thomas, avance ta main et mets-la dans mon côté. » Par cette invitation, Jésus rappelle à ses disciples, et nous rappelle, que le serviteur ne sera pas mieux traité que le maître et que lui aussi aura à souffrir…

 

-  Comme l’envoi dans nos lieux de vie : Allez, la paix soit avec vous !

 

« De même que le Père m’a envoyé, je vous envoie. Que par votre rayonnement ceux que vous rencontrerez aient la vie en son nom !

Dimanche de Pâques   -  Année A  -   16.04.2017

 

Entre recherche et conviction

 

Le sabbat terminé, le premier jour de la semaine qui correspond à notre dimanche, « Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre ».

 

Pour Jean, parler comme il le fait des premières heures du jour, c’est une manière d’exprimer l'anxiété de Marie Madeleine qui s’avance autant dans l’ombre encore pesante du jour naissant que dans l’opacité de ses interrogations.

 

Si la pierre roulée la tire de son marasme intérieur, le tombeau vide bouleverse celle dont l’intention n’était pas de se retrouver face à face avec « Le Vivant », mais de se recueillir sur la dépouille de celui qu’elle a beaucoup aimé parce qu’il lui a beaucoup pardonné. Car, loin de voir dans cette disparition une intervention divine, elle a la conviction que la disparition du corps de Jésus est le fait d’une intervention humaine, comme elle s’empresse de le signifier à Simon-Pierre et à Jean : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis ».

 

Même si, au moment où elle exprime son inquiétude, elle ne comprend pas l’inimaginable de ce qui s’est produit, Marie-Madeleine informe, se fait messagère auprès des apôtres. Eux « jusque-là n’avaient pas vu que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Troublés par ce rebondissement auquel ils ne s’attendaient, les apôtres se précipitent au tombeau. Là, leurs yeux se sont ouverts. Cette expérience, Jean exprime d’une manière lapidaire en deux verbes : « Il vit et il crut. »

 

De fait, les détails qu’il a remarqués au coup d’œil lancé à l’intérieur du tombeau, « le linceul resté là ainsi que le linge qui avait recouvert la tête, roulé à part » permettent à Jean de lire la disparition du corps de Jésus à la lumière de ce qu’il avait vu et entendu quelques jours plus tôt à Béthanie, lors du retour à la vie de Lazare : « Lazare était sorti, les pieds et les mains attachés », et Jésus avait lancé : « Déliez-le, et laissez-le aller ».

Pour Jean, ces linges laissés à leur place mais vides de corps, sont la preuve que Jésus n’a pas été enlevé – car les linges auraient disparus avec le corps –, mais que, libéré de ces entraves mortuaires, Jésus est sorti vivant du tombeau.

Dimanche des Rameaux - Année A  -    9.04.2017


A notre manière, nous sommes aussi ce serviteur ?

 

Comme chaque année le jour des Rameaux, notre première lecture est tirée du troisième des quatre poèmes du « Chant du serviteur souffrant ».

 

Ces poèmes, qui évoquent la vocation, l’activité et la relation à Dieu de ce personnage, nous permettent d’approcher celui qu’Isaïe appelle le « Serviteur de Dieu », sans toutefois en donner une identité décisive. Ainsi apparaît-il tantôt comme un personnage individuel, tel le prophète Jérémie persécuté par le peuple, tantôt comme un personnage collectif, dans lequel, suivant la situation politique du moment, Israël s’est souvent reconnu.

 

Pour Isaïe qui s’adresse au 6e siècle av. J.C, à des exilés écrasés par les conditions dégradantes à Babylone, ce serviteur c’est bien Israël. Sensible à la situation de détresse de ses contemporains qui pourraient se laisser aller au découragement, le prophète rappelle à ce « petit reste » que, malgré les apparences, Dieu est toujours à ses côtés et qu’Il compte sur les rescapés de son peuple pour faire aboutir son projet de salut pour l'humanité.

 

Il n’est dès lors pas surprenant que le mot important de ce passage ramène Israël, et nous ramène nous aussi à : « l’ECOUTE », mot qui signifie faire confiance à Dieu quoiqu’il arrive. En effet, le « Shema Israël » la cette profession de foi quotidienne du Juif pieux engage celui qui la récite. Plus que « la Parole qui réveille chaque matin celui qui la prononce », elle l’engage à se porter témoin et de la présence du Dieu Unique dans le monde, et de la transmission de ce message à travers les générations, « pour réconforter celui qui n’en peut plus », comme le suggère Isaïe.

 

Si le Seigneur « donne le langage nécessaire, il est aussi celui qui soutient ses serviteurs » qui, parlant au nom de Dieu, ne sont pas toujours bien reçus, comme le rapporte le serviteur dont les tourments ressemblent étrangement aux sévices endurés par le Christ durant la Passion : « Je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe. Je n'ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats. » S’il est difficile d'établir d'une manière décisive l'identité de ce serviteur, le Christ de la Passion correspond en tous points à ce portrait du serviteur de Dieu.

Et nous, ne sommes-nous pas nous aussi, personnellement et en communauté, ce serviteur, appelés à rouvrir le dossier du procès à Jésus

5e dimanche de Carême  Année A   -    2.04.2017

 

Mort, où est ta victoire ?

 

Dans son évangile, Jean met l’accent sur l’exigence de la foi en la Résurrection que propose le Christ à partir de la réaction des disciples, comme à partir de la réaction des juifs, comme à partir des sentiments mêlés de Marthe.

 

En effet, informé sur la santé de Lazare, Jésus conclut que : « cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu ». Deux jours plus tard, il annonce pourtant  à ses disciples, la mort de son ami. Aussi, il leur demande de comprendre cette mort comme un sommeil, une image qui, parce qu’elle dit le caractère non définitif de la séparation, laisse filtrer le mystère du projet de Dieu qui veut la vie de l’homme.

 

Provoqué par les juifs qui, venus à Béthanie, se demandent « pourquoi Jésus n’a pas empêché Lazare de mourir, alors qu’il a ouvert les yeux de l’aveugle », Jean leur reproche de n’avoir pas su se rendre compte, durant les trois ans passés à l’épier, que l’amour du Christ se manifeste d’abord à l’égard de personnes et non dans des prodiges ou des miracles matériels.

 

Plus bas, dans un passage qui suit l’évangile du jour, Jean fait état de l’étroitesse d’esprit des grands prêtres et des pharisiens. Réunis en conseil, ils ne nient pas la résurrection réalisée par Jésus, ils la trouvent dangereuse pour l’ordre public. Pour eux, ce miracle, c’est le miracle de trop : « Il faut qu’il disparaisse, car si nous le laissons agir ainsi, tous croiront en lui, les Romains viendront et supprimeront notre Lieu Saint et notre nation ».

 

« Seigneur, si tu avais été là ! » Dans un premier temps, Marthe, qui dit la douleur de la séparation, se demande comment il se fait que celui qui croit au Christ puisse connaître la mort naturelle. Puis, immédiatement, elle s’en remet à Jésus : « … Je sais que Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas ». Cette confiance, qu’elle met en Dieu, permet à Jésus de ressusciter Lazare et de se manifester comme celui en qui nous pouvons croire parce qu’il est lui-même la Résurrection et la Vie et qu’en lui nous avons la vie sans fin.

 « … Il ressuscita le troisième jour et il monta au ciel… »

 « J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir… »

Que deviennent nos affirmations du CREDO sitôt passé le porche de l’église ? Il n’y a pas de doute, les hésitations qui taraudent nos esprits rejoignent les questions que bien de nos contemporains se posent. Et c’est sain !

4e dimanche de Carême  Année A   -   26.03.2017

 

 

Un cheminement catéchétique bien de notre temps…

 

 

« Jésus vit sur son passage un homme qui était “aveugle de naissance“ ». Cette expression signifie bien qu’à l’origine il y a quelque chose de vide, quelque chose de vague, quelque chose de ténèbres en chacun de nous. Comme au premier matin du monde, ce quelque chose a besoin de la lumière de Dieu.

 

« Jésus vit » nous informe que le regard de Dieu sur l’homme est premier. S’il évoque l’exclamation de Jacob, au petit matin d’une lutte intérieure et physique contre un homme indéterminé : « Dieu était là, et je ne le savais pas », ce propos nous rappelle que Dieu nous précède en toute chose, y compris en pastorale !

 

Fait social et religieux à rebondissements à plusieurs niveaux, le récit de la guérison de cet aveugle peut être lu comme l’allégorie de l'humanité qui, plongée dans les ténèbres, découvre la lumière du Christ.

 

Son cheminement provoque. Il devient témoin auprès de ceux qui l’accueillent comme auprès de ceux qui le rejettent.

 

Surpris par les changements de comportement qu’ils ont observés, les voisins, qui le connaissent pourtant, n’en croient pas leurs yeux, s’interrogent, l’interrogent. Avec peine, l’homme se fait-il reconnaître.

 

On l’amène chez les Pharisiens, ces religieux fervents mais d’une méticulosité tatillonne de la doctrine, un mouvement toujours bien vivant. Ceux-ci tentent de le prendre à défaut : «Comment se fait-il que tu voies ? » S’ils semblent admettre le fait de la guérison, leur refus de reconnaître l’action de Dieu insinue le doute chez ce jeune : « Celui qui t’a ouvert les yeux ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le sabbat !»

 

Même ses parents qui, par crainte de devoir s’exprimer sur le cheminement religieux de leur fils et, pourquoi pas aussi, par crainte de laisser transparaître quelque chose de leurs convictions personnelles, prennent leurs distances : « Il est majeur, il peut s’expliquer lui-même ! »

« …Quant à cet homme nous ne savons pas d’où il est… Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance ! » » Les remarques, les suspicions ne sont pas très éloignées du débat intérieur qui tiraille ce jeune : « Le Christ est-il vraiment la lumière du monde ? ». La question ne peut nous surprendre, car le baptisé est bien celui qui a besoin toute sa vie pour se rendre compte du sacrement qu’il a reçu.

 

 

 

2e dimanche de Carême   Année A  -  12.03.2017

 

 

En route avec le Christ, allons au-devant des gens !

 

« Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père pour le pays que je te ferai voir. »

 

Dans ce dialogue avec Abraham, Dieu se révèle comme celui qui veut le bonheur de l’homme. Aussi, Il invite le patriarche à se défaire de liens familiaux pour voir plus loin, aller plus loin. Car, recroquevillé dans son cocon ou installé sous sa tente à l’abri des soubresauts du temps, comme le suggère Pierre dans l’évangile, l’homme ne peut se réaliser en plénitude.

 

Dans son exhortation apostolique “ La joie de l’Evangile “, le pape François fait sien ce passage tiré du livre de la Genèse, quand il nous rappelle que « Nous sommes tous invités à répondre à cet appel qui est de sortir de notre propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile ».

 

Et, comme il n’est pas bon pour l’homme d’agir seul sans concertation, il nous rappelle que « le dynamisme de “ la sortie “, que Dieu veut provoquer chez les croyants », repose sur un engagement personnel et communautaire dans les structures que nous nous donnons au sein de nos Eglises – Unités pastorales, paroisses, conseils de communauté –, tant il est vrai « qu’il appartient à tout chrétien et à toute communauté de discerner quel est le chemin que le Seigneur demande ».

 

Dans sa lettre à Timothée, Paul parle de ce dynamisme de “ la sortie “, que veut provoquer Dieu, comme « d’une vocation sainte », c’est-à-dire d’un appel « qui ne vient pas de nous en raison de nos propres actes, mais qui nous est donné par Dieu à cause de son projet à Lui et de sa grâce ». Car pour réaliser son projet pour l’humanité, qui est de faire resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile, Dieu veut avoir besoin de notre collaboration. Puisse cette mission nous permettre de rejoindre les personnes qui sont ou se sentent éloignées de la lumière de l’Évangile.

Avec, au cœur, la parole de Paul qui rappelle à Timothée que, « chaque fois qu’il est question d’annonce de l’Évangile, nous pouvons compter sur la force de Dieu », faisons nôtre la promesse de Dieu à Abraham – qui peut devenir notre fil rouge durant ce temps de Carême – « en toi – respectivement, en vous – seront bénies toutes les familles de la terre ».

 

 

1er dimanche de Carême  Année A - 5.03.2017

 

Le Carême, un temps de conversion…

Sitôt après son baptême, habité par l’Esprit, Jésus qui a été révélé comme le Fils du Père, inaugure sa mission par un temps de réflexion dans la solitude du désert de Judée. Le désert est un endroit équivoque. Considéré comme le repaire des démons, il est aussi un lieu de purification, de rencontres et d’intimité avec le Seigneur, comme le décrit le prophète Elie qui, ayant fui au désert pour sauver sa vie, « entend le murmure de Dieu dans le souffle léger de la brise du soir ».

Pour Matthieu, qui adresse son évangile à des chrétiens d’origines juive et païenne, ces quarante jours de jeûne sont un moment charnière dans la vie de Jésus. Cet événement est l’occasion pour l’apôtre de rappeler à ces jeunes communautés le mystère de la personne de Jésus – Messie, sauveur et serviteur – qui vient « non pas abolir mais porter à leur perfection la Loi et les prophètes ». C’est l’occasion pour lui également de montrer la proximité de Jésus avec son peuple.

Si les quarante jours de jeûne de Jésus font écho aux quarante ans d’errance du peuple de Dieu durant l’exode, les épreuves endurées par le Christ symbolisent et résument les tentations du peuple de l’Alliance. : faux-pas qui ne sont pas que d’autrefois, épreuves qui ne cessent de se répéter au cours du temps. Jésus, sa vie durant, a rappelé aux foules qui venaient l’écouter que l’homme ne pouvait pas vivre que de pain ; que son Royaume n’était pas de ce monde ; qu’il n’était pas un Messie temporel et triomphant qui avait pour mission de libérer Israël du joug de l’armée romaine d’occupation.

Parce qu’il a pris notre condition humaine avec toutes ses composantes, Jésus a été mis personnellement à l’épreuve par les sollicitations de ses disciples qui ne pouvaient accepter l’idée de le voir souffrir, et également  les « Si tu es le Fils de Dieu » de ses ennemis qui rejoignaient les défis du tentateur.

Mais les pires tentations, Jésus les a vécues dans les moments d’angoisse et de solitude qui ont précédé sa Passion. Cependant, parce qu’il vivait dans l’intimité de son Père, il est resté fidèle jusqu’au bout à la mission qui lui avait été confiée. 

 

 8e dimanche du temps ordinaire Année A - 26.02.2017

 

 Un retour à l’essentiel

 

« Pourquoi vous faire tant de souci ? Pourquoi vous préoccuper de ce que vous allez manger, de ce que vous allez boire ? Pourquoi vous soucier des vêtements que vous allez mettre, sous-entendu peut-être aussi pour briller aux yeux des hommes. Pourquoi vous projeter dans l’avenir que vous ne maîtrisez pas alors que vous ne savez pas de quoi demain sera fait ? »

Véritable introduction au temps du Carême qui commence mercredi, Jésus nous invite, par cette exhortation qui se répète à six reprises dans l’Evangile du jour, non pas à nous assimiler mais à faire échec à une société de consommation tentaculaire, dans le but de recentrer nos vies sur l’essentiel. Partant, du fait que nous ne pouvons pas servir à la fois Dieu et l’argent, Jésus nous encourage à dépasser nos inquiétudes et à nous en remettre à Dieu dans la confiance.

Cette priorité à chercher le « Royaume de Dieu et sa justice », nous la trouvons dans la lettre de Paul qui revient sur les dissensions qui divisent la jeune communauté de Corinthe. Des situations qui ne sont pas très éloignées de ce que nous pouvons connaître dans nos propres communautés. Paul nous rappelle que le Christ est venu pour faire de nous des hommes libres et non des esclaves. Aussi, partant du fait qu’il importe de ne pas porter de jugement prématuré sur la qualité des serviteurs de l’Evangile, il rappelle à chacun que la mission des prédicateurs est de nous montrer le Christ et de tourner nos communautés vers Lui.

Cette fidélité de Dieu à notre égard, nous la trouvons dans la prière du psalmiste qui « parce qu’il sait que le Seigneur est son rocher, son refuge, celui sur lequel il peut se reposer, nous invite à compter sur lui en tout temps ! »

Cette fidélité de Dieu pour son peuple, nous la retrouvons d’une manière plus admirable encore dans la réponse d’Isaïe à l’angoisse des habitants de Jérusalem qui, écrasés par la dureté de l’exil, ne croient plus en leur avenir et clament leur désespoir. Pas besoin de beaucoup de mots ! Les prophètes  utilisent une image très forte pour dire la proximité et la tendresse de Dieu, pour ranimer l’espérance du peuple : « Même si une femme pouvait oublier son petit enfant, moi je ne t’oublierai pas. Vois, j'ai écrit ton nom
sur la paume de mes mains, et te tiens tout contre ma joue ! » 

 

6e dimanche du temps ordinaire Année A - 12.02.2017

 

Que notre “oui“ dans la foi soit un “oui“ jusque dans les faits…

 

Dans notre première lecture, Ben Sirac la Sage en appelle à notre liberté : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend te ton choix de rester fidèle ! »

Il ne parle pas d’une prédestination qui regrouperait d’un côté les bons et de l’autres les mauvais. Observant que le bien et le mal ne sont pas en nous, mais devant nos yeux, il met l’accent sur notre responsabilité personnelle. Nous sommes libres de choisir de faire le bien ou le mal. Il n’y a pas d’obligation. Le choix dépend de nos préférences. Aussi Ben Sirac a la conviction que loin de nous pousser au mal parce qu’il ne peut et ne veut que le bien, le Seigneur est le tout-puissant qui tourne son regard vers ceux qui lui sont fidèles, les encourage et valorise leurs actes.

« Je ne suis pas venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » Juif d’origine, Matthieu adresse son évangile à des chrétiens issus du judaïsme qui, dans les années 80, s’interrogent sur le rapport que Jésus avait avec la Loi, à un moment où la religion chrétienne et la religion juive laissent apparaître leurs différences dans leur expression de la foi en Dieu. Ce questionnement permet de supposer que sous le titre “Sermon sur la montagne“, Matthieu a regroupé à l’usage de ses communautés, une série d’entretiens en rapport avec la Loi, que Jésus a eus dans ses démêlés avec les scribes et les pharisiens.

Par le balancement qui se répète à plusieurs reprises dans l’évangile de ce jour : « Il vous avez appris qu’il a été dit… Eh bien moi, je vous dis… », renforcé encore par la déclaration : « Pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi », Matthieu s’attache à démontrer combien Jésus affirme le lien essentiel qu’il existe entre son enseignement et celui de Moïse.

Dénonçant au passage l’hypocrisie qui peut se cacher derrière la pratique de l’aumône, de la prière et du jeûne dans le seul but de se faire valoir, Jésus qui nous invite à chercher « d’abord le Royaume des cieux et la justice », en appelle à une correspondance réelle entre foi et vie : entre notre pratique religieuse et nos relations au quotidien avec ceux avec qui nous vivons en proximité ; des faits qui passent par la justice, la liberté, la fraternité. Un programme toujours à renouveler.

 

 5e dimanche du temps ordinaire Année A - 5.02.2017

 

 

Vous êtes le sel de la terre…

 

 

Jésus ne dit pas vous serez, sous-entendu demain ou un autre jour à bien plaire, il actualise la responsabilité qu’il adresse à cette poignée d’hommes disposés à le suivre : c’est aujourd’hui et désormais – soit pour la suite des siècles – que vous êtes ceux sur qui je compte.

 

La terre dont il est question ici ne se restreint pas au seul territoire d’Israël, mais s’étend au monde entier : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux confins de la terre ». Le décor est planté. Jésus confie la gestion spirituelle de cette terre à cultiver, héritage qui remonte aux origines, à en peu plus d’une douzaine d’hommes. La disproportion peut surprendre. Comment cela se peut-il ? Cette interrogation qui rejoint la question de Marie à l’Ange, au jour de l’Annonciation, nous plonge dans le mystère de Dieu dont les pensées ne sont pas nos pensées. En effet, comme le laissait déjà entendre Isaïe au peuple de l’Alliance, Dieu nous invite à dépasser nos catégories par trop humaines, pour  mettre notre confiance en lui.

 

L’image du sel est parlante. Cependant du sel, il en faut ce qu’il faut : ni trop ni trop peu ! Une pointe de couteau ou une pincée suffit pour rendre les aliments savoureux. Jésus met à profit ces – et pourquoi pas ses – connaissances culinaires pour dire que ce n’est pas le nombre qui compte. Il encourage les disciples, leur insuffle la confiance dont ils ont besoin pour mener à bien leur mission jusqu’aux extrémités du monde.

 

« Vous êtes le sel de la terre ! » Cette interpellation s’adresse à chacun d’entre nous d’une manière particulière, en ce dimanche dédié à l’apostolat des laïcs.Nous sommes appelés à être le sel de la terre, C’est-à-dire à donner du goût à la vie autour de nous, par notre témoignage de vie, en collaboration avec nos prêtres, au sein de nos communautés, en UP, avec au cœur, le souci de ce qui se passe dans notre monde !

 

Faisons nôtres les questions et réponses de l’hymne des heures du 31 décembre qui, jointes au projet d’Isaïe, notre première lecture, nous assurent que nous marchons vers la lumière, le Christ lumière.

 

« Qui peut me dire l’endroit, le jour et pourquoi Jésus le Christ est né ? »

« Souviens-t-en, Jésus prend naissance en toi quand tu commences d’ouvrir ton cœur et tes mains pour changer la vie de tes frères. »

 

4e dimanche du temps ordinaire Année A - 29.01.2017

 

Appelés à être présence aux côtés du Christ dans notre monde

 

Dans notre première lecture, face aux autorités politiques et religieuses qui, parce qu’elles pactisent avec l’ennemi – l’Assyrie – par crainte d’être envahis, risquent de perdre son identité religieuse, Sophonie se tourne vers les humbles. Il les encourage à chercher la justice et à rester petits.
Pour lui en effet, le manque de prévoyance et de courage des autorités retombera sur le peuple qui connaîtra l’occupation du pays et l’exil.
Des habitants, il ne subsistera qu’un “Reste“. Il voit dans ce petit Reste, le germe d’un peuple qui, parce qu’il marchera dans la vérité et mettra sa confiance dans le Seigneur, vivra dans la paix. Ce petit Reste, aujourd’hui, ce peut être nous dans notre monde marqué au sceau de la laïcité.
La réflexion de Paul, notre deuxième lecture, est de même veine : un Dieu proche des petits. C’est donc assurément avec l’intuition d’Isaïe en tête : « Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, Autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, Et mes pensées au-dessus de vos pensées… » que Paul exprime ce qu’est pour lui la sagesse de Dieu. Sophonie demandait l’humilité, Paul, lui, exhorte les Corinthiens à rester modestes et à ne pas s’enorgueillir sinon dans le Seigneur.
« Vous qui avez été appelés par Dieu… » Cet apostrophe qui traverse les siècles s’adresse à nous, aujourd’hui. Baptisés… Par ce que nous sommes en nous et dans nos relations, nous pouvons approcher et faire connaître ce qu’est la Sagesse pour Dieu. Aussi nous pouvons dans notre quotidien participer à l’œuvre du Christ qui « a été envoyé pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification, notre rédemption »,
Les Béatitudes du sermon sur la montagne, nous connaissons, peut-être même un peu trop ! Sans penser que nous les rencontrons chez Matthieu : « Heureux les pauvres de cœur… »  et chez Luc : « Heureux, vous les pauvres… » avec des tonalités particulières parce qu’adressées à des personnes de culture et de situations sociales différentes.
On se rend compte chez Luc que l’auditoire est typé. Il s’agit de petites gens, comme pour Sophonie donc, ils font déjà partie du Royaume de Dieu.
Matthieu qui s’adresse à un auditoire d’une manière globale, affirme que c’est tout homme qui, par ses valeurs personnelles pratique les béatitudes, est lui aussi, un reflet de la présence du Royaume qui vient.

 

3e dimanche du temps ordinaire – Année A - 22.01.2017

« Convertissons-nous… »

Se convertir, c’est se retourner, changer de direction. Cette manière nouvelle d’exister, nous la retrouvons dans chacun des textes de ce jour.

Quelques mots sur le contexte et la portée de notre première lecture. Alors que les Assyriens sont aux portes de Jérusalem, Isaïe tente de redonner courage à une population démoralisée. Sa prédication peut surprendre quand l’on sait que depuis près de deux siècles, le Royaume d’Israël est divisé entre les royaumes du Sud et du Nord, mais ne s’ignorent pas ; il leur arrive même de se faire la guerre. La référence d’Isaïe au pays de Zabulon et de Nephtali, est un rappel pour le Royaume du Sud de son lien avec son frère ennemi du Nord. Car l’envahisseur qui vient de la Mésopotamie écrasera à coup sur la Judée après avoir écrasé la Galilée.

Sa prophétie annonce un renouveau : après avoir été couverts de honte, le pays de Zabulon et de Nephtali : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres – parce qu’on avait crevé les yeux des captifs – a vu se lever une grande lumière ». Cette image est l’annonce d’un renouveau, d’une espérance : le mal n’aura pas le dernier mot ! On peut voir en filigrane, dans « la grande lumière qui se lève » une annonce de la venue du Christ, comme le relève Matthieu dans l’évangile.

Dans cette prophétie Isaïe nous dit les liens qui existent entre nous. Pour lui en effet, celui qui m’est contraire peut devenir celui qui me tend la main pour m’éviter des désagréments, car tout n’est pas figé pour l’éternité. Les sentiments peuvent changer pour un monde plus juste et plein d’espérance.

Dans la deuxième lecture, Paul qui appelle les Corinthiens à vivre en harmonie de pensée et de sentiments, leur demande de dépasser leurs divisions. Il s’agit en effet de ne pas s’attacher d‘une manière démesurée et partiale à un prédicateur plutôt qu’à un autre. Des situations pas si éloignées de ce que nous pouvons connaître. Mais comme toujours, on sait que ce n’est pas chez nous mais bien “ailleurs que cela se passe“ !

Dans l’évangile, de Capharnaüm, ville de Galilée, carrefour des nations, où il s’est établi, Jésus reprend les paroles d’espérance d’Isaïe. Son appel à la conversion nous invite à changer de regard et à le reconnaître comme « la lumière qui s’est levée sur Israël et sur l’humanité tout entière. » 

 

 

2e dimanche du temps ordinaire - Année A - 15.01.2017

 

 « Tu es mon serviteur… » Une parole qui s’adresse à chacun

 La parole du prophète que nous entendons, ne s’adresse pas qu’au seul peuple d’Israël ou à l’un de ses représentants. Cette parole est une parole qui s’adresse à chacun d’entre nous. Car c’est bien chacun d’entre nous qui est appelé à sa mesure, à devenir serviteur de la Parole de Dieu, Jésus Christ ! Car c’est bien de chacun que Dieu peut faire “une lumière des nations“.

Face à une situation, à un événement particulier pas évidente, c’est bien chacun qui peut se demander comment il peut éclairer voire débloquer ce qui tire en bas et fait problème. A la réflexion en effet, il n’est pas anormal de penser que cet appel ne vient pas de sa propre sensibilité mais de quelle que chose ou quelqu’un de plus grand “aux yeux duquel je compte“ qui et susurre à mon oreille que “ j’ai du prix à ses yeux“.

A l’exemple du serviteur dont parle Isaïe, nous pouvons nous reconnaître appelés pour rechercher et rassembler – ramener les rescapés : autant dire les survivants – comme le déclare le prophète.

Cet appel personnel, nous le retrouvons dans le psaume intercalaire, dans lequel nous entendons la réponse personnelle du fidèle qui proclame son engagement : « Tu as ouvert mes oreilles, alors je te dis : Voici, je viens ! » Un cri qui ne peut être que la réponse d’une personne qui s’en remet à Dieu parce que “la Loi du Seigneur le tient aux entrailles“.

Mais tout ce qui se fait dans l’ombre, ne peut rester caché. L’engagement de celui qui se met au service de Dieu, qui vit la proximité avec Dieu, a un retentissement communautaire, voire universel : « Ton Amour et ta Vérité, je les dis à la grande assemblée ».

Que fait Paul dans les premiers mots de sa lettre adressée à a communauté de Corinthe sinon de leur rappeler qu’il vit lui-même en communion avec Dieu par le Christ dont il se dit “l’apôtre“, c’est-à-dire l’envoyé.

Après s’être présenté que fait-il d’autre que de leur rappeler que c’est le Christ qui les sanctifie, c’est-à-dire qui les consacre avant de les encourage à vivre dans la paix entre eux, bien sûr, mais aussi de s’engager à faire régner au-delà de leurs frontières, cette paix dont une bonne partie de notre monde aujourd’hui, a tant besoin. 

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